Les paradoxes de la transparence
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En réunissant dans le même espace, les oeuvres en verre de Serge Roche et de René Coulon, Aline Chastel et Laurent Maréchal nous rappellent, en un court-circuit saisissant, la diversité de la création des années trente dans le domaine des arts décoratifs.
Serge Roche est antiquaire, spécialiste de cadres anciens et de miroirs, René Coulon de dix ans son cadet a fait les Beaux-Arts. L'un s'est découvert une passion pour les décors baroques qu'il modérnise pour des clients élégants : Daisy Fellowes, Lilli Pastrée, les Fabre-Luce, l'autre, architecte frais émoulu cherche du travail. A l'exposition internationale de 1937 à Paris, ils illustrent, chacun à sa façon, "Les Arts et Techniques dans la vie moderne".
Serge Roche imagine un "cabinet de curiosité-antre d'astrologue", pour la manufacture de Sèvres : le piètement de la table du devin est une rocaille en verre noir, sur des consoles de stuc et de miroir, des cristaux de glace supportent des sphères zodiacales en porcelaine... Dans le "Pavillon du luminaire", il présente des appliques en rocaille, un lampadaire "palmier" rococo en platre ainsi qu'un lampadaire "ballon" en fer forgé réalisé par Poillerat.
Délégué par l'exposition, René Coulon collabore avec Rob. Mallet-Stevens au Pavillon de l'Hygiène et avec Jacques Adnet, décorateur et directeur de la "Compagnie des Arts Français" pour le pavillon Saint-Gobain : une folie moderne, gigantesque cage de verre constituée de briques translucides "Verisolith", le plancher (de verre) traversé par les marronniers qu'il fallait conserver. En son centre quelques consoles en verre, signées René coulon présentent des maquettes d'usine. Constituées de verre Sécurit bombé, elles font partie de toute une gamme de meubles réalisée par Saint-Gobain et éditée par Hagnauer qui en publie à cette date un catalogue. Les brevets sont pris par Coulon lui même mais on peut penser qu'Adnet qui utilise le miroir et le verre depuis quelques années n'est pas étranger à ce travail.
Spectaculaires, une chaise longue "piscine", un guéridon au piètement en "S", les fauteuils "trèfles" qui s'ouvrent comme des corolles et surtout une "table de Conseil" au piètement sinusoïdal où trône le "Fauteuil Ministre" avec ses bras en porte-à -faux. Jouant de la transparence ou de l'opacité, Coulon s'amuse même dans la gamme "domino" à assembler verre noir et verre blanc. Les coussins sont en cuir ou en soie de verre "inaltérable à la pluie". Assemblées par des éléments minimalistes de bois ou de métal, les plaques de verre reposent directement sur les tapis ou les moquettes mais "pour les sols rugueux", des "tubes de protection" sont prévus qui soulignent les lignes.
Serge Roche reste fidèle à la tradition. Les bâtis en bois supportent des lames ou des plaques de miroirs anciens ou patinés qui transfigurent objets et meubles, mais tous deux misent sur la transparence et le reflet de la glace qui dématérialisent et déstructurent le meuble.
"Le regard traverse ces frêles surfaces bombées, qui ne se révèlent à l'oeil que par quelques reflets lumineux." admire le journaliste de Glaces et Verres mais le catalogue Hagnauer nous rassure : "Sa résistance est à l'épreuve des attaques enfantines, comme des expériences de l'obèse... le médecin le conseille, la ménagère l'adopte."
Jean-Louis Gaillemin
Jacques Adnet, René Coulon, Max Ingrand, Serge Roche
Introdution par Monsieur Jean-Louis Gaillemin
Edité par la Galerie Chastel-Maréchal, 2002
